Jouer sa peau Nassim taleb

Jouer sa peau est le deuxième livre de Nassim Taleb que je lis. Le premier, “Le Cygne Noir”, ne m’avait pas laissé indifférent.

L’auteur, un ancien trader reconverti en philosophe, développe des idées à la frontière des mathématiques, de la philosophie, du hasard et de la vie réelle. Un étonnant mélange qui donne lieu à des théories fascinantes.

Et je n’ai pas été déçu.

L’idée centrale du livre est la suivante : seuls les gens qui mettent leur peau en jeu, quand ils prennent des décisions sont dignes de confiance. Seules les personnes qui ont quelque chose à perdre devraient prendre des risques.

Taleb explique que les processus d’évolution et d’apprentissage se sont toujours faits en expérimentant et en tâtonnant.

En biologie, par exemple, l’évolution n’est possible que s’il y a risque d’extinction. C’est parce que les êtres vivants sont en danger qu’ils sont forcés de s’adapter. 

C’est pareil pour l’être humain. Il apprend au contact du risque.

Si on ne met pas les doigts sur une poêle chaude, c’est parce que l’on s’est déjà brûlé quand on était enfant. On a tiré les leçons de notre bêtise et celles-ci nous ont dissuadé de recommencer.

Pour apprendre, il faut souffrir.

Le problème, c’est que de plus en plus de gens qui ne jouent pas leur peau occupent des postes à hautes responsabilités : diplomates, politiciens, experts en tout genre, pseudo scientifiques, etc.

Grâce à la bureaucratie et la prétendue complexité de leur métier, ces personnes peuvent :

  • Mettre la peau des autres en jeu, plutôt que la leur
  • Reporter les risques sur le futur

Pour illustrer ce propos, Taleb prend l’exemple de la crise financière de 2008.

Celle-ci est le fruit de l’action d’une poignée de traders de Wall Street, qui ne mettaient pas leurs propres peaux en jeu.

  • Ils ont utilisé les règles à leur avantage pour cacher leurs arnaques sous le tapis, en espérant qu’ils ne soient plus là le jour où tout explose
  • Ils ont mis la peau des autres en jeu. Tout d’abord, celles de ceux qui s’endettaient, ensuite, celles des contribuables qui ont du renflouer les banques pour rattraper leurs erreurs

Le pire, comme l’explique Taleb, c’est que ces banquiers se sont enrichis pendant 20 ans, avant la crise. Ensuite, une fois que celle-ci a éclaté, ils n’ont payé aucun pot cassé. Les banques ont été renflouées par le contribuable, dindon de la farce jusqu’au bout.

Quand les gens qui ne jouent pas leur peau prennent des décisions importantes, cela crée deux problèmes majeurs :

  • Ils sont déconnectés des conséquences réelles de leurs actes et ne sont donc pas alignés avec les intérêts de ceux pour qui ils les prennent. Les politiques cherchent à conserver leur place, avant de servir l’intérêt général (surtout s’ils sont dans un beau bureau à Paris)
  • Ils ont tendance à complexifier les choses à l’extrême pour paraître intelligents, sauver les apparences et rentabiliser ce pour quoi ils sont payés

Quand on joue sa peau, on privilégie toujours la solution la plus simple : c’est une question de vie ou de mort, les apparences n’importent guère.

Pour Taleb, si le conflit israélo-palestinien dure depuis aussi longtemps, c’est parce que les gens qui négocient sont des diplomates de Washington, déconnectés des conséquences réelles de leurs choix.

« À aucun moment de l’histoire, autant de preneurs de non-risques – tous ceux qui ne s’exposent pas personnellement – n’ont exercé une telle emprise. » – Nassim Taleb

Autre idée importante développée dans le livre : la minorité intolérante l’emporte toujours sur la majorité flexible.

Cela signifie que ce n’est pas le plus grand nombre ou “la démocratie” qui dicte ses règles à l’ensemble de la société, mais un petit groupe de personnes inflexible.

Taleb explique que 3% des individus suffisamment motivés d’une population et géographiquement répartis de manière équitable suffisent à imposer de nouvelles règles.

Cela peut paraître fou, mais c’est véridique. L’histoire nous a montré que la grande majorité des évolutions se sont faites selon ce principe.

Pour bien comprendre, prenons un exemple, celui d’une famille de 4 personnes.

Un jour, le père se met à devenir végétarien et ne plus manger de viande. Lui est inflexible (minorité intolérante), les autres s’en fichent un peu et sont prêts à ne pas manger de viande (majorité flexible).

Au fur et à mesure, la famille ne mangera plus du tout de viande. Le père refuse catégoriquement d’en manger et c’est très contraignant de cuisiner deux plats tous les jours. Ensuite, quand elle sera invitée chez des amis, ceux-ci ne pourront pas non plus manger de viande, pour les mêmes raisons.

La consommation de viande commencera progressivement à diminuer et les épiciers du quartier en vendront de moins en moins, jusqu’au jour où il ne sera plus rentable d’avoir de la viande en rayon. Progressivement, la minorité intolérante impose ses règles aux autres.

Tout le monde finit par ne plus manger de viande. 

Ce phénomène explique pourquoi 70% de la viande venant de Nouvelle-Zélande exportée en Grande-Bretagne est halal, alors que le pays ne dispose que d’une toute petite minorité musulmane.

J’ai l’impression que l’on assiste à ce phénomène un peu partout dans le monde, avec des sujets comme le véganisme, le mouvement féministe ou encore la défense de l’environnement. Peu à peu, la minorité intolérante semble faire plier la majorité flexible.

Je m’arrête ici pour le résumé des idées présentées dans le livre.

Il est passionnant, parfois complexe à lire et écrit avec un style piquant. Taleb n’y va pas avec le dos de la cuillère pour tacler à la carotide certains “experts” et c’est assez drôle !

En voici également un bon résumé vidéo :

 


Le reste de mes lectures :

1- Hedge – Nicolas Colin
2- Biographie de Michel de Montaigne – Stefan Zweig
3- Le Comte de Monte-Cristo – Alexandre Dumas
4- Living and Dying on the Internet – Alex Day
5- Doctom Secrets – Russel Brunson

6- Le joueur d’échecs – Stefan Zweig
7- 
The War of Art – Steven Pressfield
8- Martin Eden – Jack London
9- 11 Rings – Phil Jackson

10- The Autobiography – Gucci Mane