Nous sommes à Cuba, dans une maison typique de cette région des Caraïbes.

Hemingway habite dans la ville de San Francisco de Paula, près de La Havane. 

Bien qu’il possède une pièce dédiée à son bureau, Hemingway aime écrire dans sa chambre. Celle-ci est divisée en deux par une alcôve. Les grandes fenêtres laissent filtrer la lumière du jour qui réfléchit contre les murs blancs ornés de ses trophées de chasse.

La pièce est remplie de livres. Ils garnissent les étagères. S’empilent les uns sur les autres pour former plusieurs colonnes qui s’élèvent vers le plafond. 

Hemingway aime écrire debout. L’une de ses bibliothèques lui sert de bureau. 

 

Routines écriture hemingway

 

Le reste de sa villa ressemble au lieu de vie d’un écrivain ; on y trouve des livres partout. Il y en a plus de 5 000. Tous les genres sont présents : livres sur l’histoire, livres militaires, livres de géographie, fictions, biographies, etc.

C’est dans cette maison qu’il écrit l’une de ses principales oeuvres, Le Vieil Homme et la Mer, en 1951. Il y réside pendant près de 20 ans, avant de rentrer se suicider chez lui en 1961, dans l’Idaho.

 

Un cadre de travail solide

Comme l’auteur anglais Ian Fleming, père de James Bond, dont je raconte la routine d’écriture depuis sa villa de la Jamaïque, Hemingway est un homme d’habitudes.

Il démarre chacune de ses journées de travail de la même manière.

Il aime se lever à l’aube pour profiter de ces moments de solitude, pendant lesquels personne ne peut le déranger. Il commence à écrire aux alentours de 7 heures. 

À 8h30, il fait une pause pour petit-déjeuner. Il reprend à partir de 9 heures et travaille ensuite de manière ininterrompue jusqu’à midi. Il écrit debout, face à son bureau, entouré de ses nombreuses piles de livres.

Sa journée d’écriture est ensuite terminée. L’après-midi, il se maintient en forme en faisant des longueurs dans sa piscine. Il aime également pêcher et s’arrêter au bar pour boire quelques verres de douceurs alcoolisées locales.

Seulement 4 heures d’écritures par jour, on peut se dire que c’est peu.

Mais son quotidien est parfaitement structuré. Certains jours, les mots lui viennent avec davantage d’aisance que d’autres. Peu importe, c’est le lot de tout écrivain. Grâce à ce cadre régulier et strict, il avance chaque jour.

Hemingway n’écrit pas quand l’inspiration le prend ou quand il en a envie. Il le fait quoi qu’il arrive, tous les matins, pendant 4 heures.

 

La régularité pour ne pas briser le flow

Quand on crée, le plus dur est de démarrer. Ce n’est pas de faire claquer ses doigts contre son clavier, mais de faire le trajet jusqu’à son bureau pour enclencher la dynamique. 

Pour ne jamais rester bloqué, Hemingway a développé deux techniques bien à lui.

1. Il sait toujours où commencer le lendemain.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne termine pas ses séances d’écriture quand il n’a plus rien à dire. Il y met fin quand il sait ce qu’il va écrire ensuite. 

Il s’arrête parfois en plein milieu d’une phrase pour ne jamais tomber en panne sèche d’inspiration.

La feuille blanche n’existe pas. 

As long as you can start, you are all right. The juice will come.” – Hemingway

2. “Don’t break the chain”

Au dessus de son bureau, Hemingway possède un grand tableau qui lui fait office de calendrier.

Après chaque matinée d’écriture, il inscrit le nombre de mots qu’il vient de rédiger. 

Il n’était généralement pas très élevé par rapport à d’autres auteurs qui s’imposent une régularité similaire (je pense aux 2 000 mots quotidiens de Stephen King). Mais gardons en tête qu’Ernest écrivait à la main, la majorité du temps. 

Sur son tableau on peut lire : 450, 575, 462, 1250, etc.

Entre 400 et 700 mots par jour en moyenne donc. Selon sa femme, il dépassait rarement les 1 000 mots.

Ce rituel lui permet de mettre un point final à sa journée d’écriture. C’est sa manière de valider le travail accompli et de visualiser sa progression. 

Au bout d’un certain moment, l’envie de ne pas briser la chaîne devient aussi forte que l’envie d’écrire. 

“After a few days you’ll have a chain. Just keep at it and the chain will grow longer every day. You’ll like seeing that chain, especially when you get a few weeks under your belt. Your only job next is to not break the chain.” – Jerry Seinfeld, un auteur, humoriste et comédien qui employait la même technique.

 

Hemingway est un professionnel 

Les interviews d’Hemingway sont rares.

Même lorsque des journalistes américains ou européens faisaient le déplacement jusqu’à Cuba pour lui poser des questions, il déclinait. 

Il n’avait rien contre eux ou contre les interviews (bien qu’il appréciait moyennement l’exercice), il considérait simplement que ces interruptions brisaient sa routine créative.

Plus il avançait dans l’âge et plus Hemingway se montrait rigoureux avec la gestion de sa ressource la plus précieuse : le temps. 

Chaque minute passée à répondre aux questions de journalistes est une minute qu’il ne passe pas à écrire, profiter de sa famille ou de son cadre de vie. Il qualifie les appels téléphoniques et les visites qu’il reçoit de “work destroyers”.

C’est l’un des paradoxes du succès. Plus on devient reconnu pour notre art, plus on reçoit de sollicitations diverses et… moins on passe de temps sur ce qui a fait notre succès : la pratique de notre art. 

Hemingway en est conscient plus que n’importe qui. Il doit dire non. Il doit préserver son énergie et ses routines créatives pour ce qui a le plus d’importance pour lui. 

Hemingway est un professionnel.

People don’t realize I’m a professional writer – that I write to earn my living. Everybody who comes to Cuba knows I’m here so they drop out for a chat, if I let them”. – Ernest Hemingway

 

Avoir des choses à raconter

Quand on interroge Hemingway sur le meilleur conseil que l’on puisse donner à un écrivain, il ne parle pas d’apprendre la grammaire, de maîtriser la structure d’un dialogue ou de connaître les règles d’un bon récit.

Il insiste sur l’importance d’expérimenter des choses. De vivre une vie riche et variée. De partir à l’aventure. 

L’imagination d’un écrivain se nourrit de ce qu’il vit et traverse au quotidien. 

Et des péripéties, Hemingway en a connues. 

Dans sa vie, Hemingway a été un soldat, un correspondant de guerre, un espion, un pêcheur, un adepte de la chasse et même un matador. Il a failli mourrir lors d’un crash d’avion pendant l’un de ses safaris en Afrique. Il était présent sur les plages du débarquement, en Normandie, aux côtés de la Première division d’infanterie américaine, le 5 juin 1944.

Comme tout grand écrivain, Hemingway est un lecteur frénétique. Tout est prétexte à raconter des histoires. 

Tout est source d’inspiration.

 

Entre plaisir et douleur

Quand je m’intéresse à la vie d’Hemingway et que je l’écoute parler de son art, je retrouve cette dualité permanente entre plaisir et douleur. 

L’écriture fait partie de son identité. Elle définit qui il est en tant qu’être humain.

Mais, le processus ne lui vient pas sans difficultés pour autant. Comme tous les créateurs, Hemingway faisait face à la Résistance. Il traversait des phases de doutes et de remises en question profondes.

Pour se rassurer, il relisait ses anciens livres : “I read them sometimes to cheer me up when it is hard to write and then I remember that is was always difficult and how nearly impossible it was sometimes.

 

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