La créativité est un sujet qui véhicule de nombreux mythes de fantasmes. 

On la voit comme un mystérieux don de la nature. Un éclair qui nous frappe sans trop savoir pourquoi.

On imagine que le créatif est fou et incontrôlable. On l’imagine comme un individu à la marge, qui se moque des normes, soumis à diverses addictions. 

Pourtant, lorsque l’on écoute les personnes les plus créatives, leur discours est très différent. Ils parlent de discipline, de rigueur, de dépassement de soi, de doute et de leur combat contre la Résistance.

Le décalage entre l’imaginaire et la réalité est frappant.

Essayons de sortir des clichés et de comprendre les principes qui guident les plus grands créatifs : leur processus créatif, leurs habitudes, leurs principes de raisonnement, etc…

Après la créativité selon Casey Neistat, je m’attaque à Stephen King, l’un des écrivains contemporains les plus prolifiques et populaires.

Qui est Stephen King ?

Stephen King est un auteur américain né en 1947, à Portland.

Il s’est distingué par de nombreux ouvrages dans le domaine de l’horreur, du fantastique ou de la science-fiction. Il a écrit plus de 50 livres dans sa vie et la plupart ont connu un immense succès.

Selon le Guardian : “Stephen King est le storyteller le plus remarquable de la littérature Américaine moderne”.

Il y a quelques années, il a écrit “On Writing” un livre de non-fiction, dans lequel il raconte son parcours personnel en tant qu’auteur.

Il y donne également ses conseils pour mieux écrire et devenir plus créatif. Ça tombe bien, c’est justement le sujet qui m’intéresse en ce moment.

1. Commencer petit

King ne s’est pas lancé directement à l’assaut d’un roman de plusieurs centaines de pages.

Il a commencé par le plus simple : écrire dans sa chambre, pour le plaisir. Il rêvait certainement d’en faire son métier plus tard, mais l’écriture était surtout un intérêt qu’il cultivait de manière désintéressée.

Sans le savoir, il construisait son socle de compétences et accumulait des heures de pratique délibérée.

Il envoyait lui-même ses histoires à des magazines et des journaux, dans l’espoir d’y être publié.

Adulte, King n’a pas “tout plaqué” pour se lancer dans l’écriture. Il est devenu père très jeune et écrivait en parallèle des multiples boulots alimentaires qu’il exerçait, pour survivre.

Au départ, ce qu’il écrivait lui semblait ridicule et très mauvais. Mais il ne s’est pas découragé. 

Tout le monde passe par là. Personne ne se révèle excellent dans un domaine du jour au lendemain.

Le succès a mis du temps à se dessiner pour lui. Il est le fruit de plusieurs décennies de travail.

2. Écrire tous les jours

Stephen King écrit 2 000 mots par jour, quoi qu’il arrive. C’est sa première tâche de la journée et il ne fait rien d’autre avant d’avoir accompli cet objectif.

Il ne s’accorde ni excuse, ni jour de repos.

Même lorsqu’il occupait un emploi salarié, il se forçait à se lever plus tôt le matin pour écrire.

Cette habitude et cette rigueur lui permettent d’avancer sur ses projets quoi qu’il arrive. À ce rythme, King écrit 20 000 mots en 10 jours. 200 000 en un peu de plus de 3 mois. C’est colossal.

Les mots qu’il écrit sont souvent loin d’être parfaits. Mais ils constituent le premier jet de ses ouvrages. Il repasse ensuite dessus plusieurs fois pour les améliorer et rendre le tout cohérent.

3. Ne pas attendre l’inspiration

Dans son livre, King répète inlassablement la même phrase : “DON’T WAIT FOR THE MUSE”. N’attendez pas l’inspiration pour écrire.

C’est l’un des conseils les plus importants.

Je le retrouve chez de nombreux créatifs à succès, dont Casey Neistat sur lequel j’ai écrit un article.

La créativité vient en faisant des choses et en se mettant en mouvement.

C’est quelque chose que j’expérimente moi-même.

Plus je crée, plus j’ai d’idées. Plus j’écris régulièrement, plus j’ai de nouveaux thèmes qui me viennent. Plus j’avance et plus c’est simple de continuer à avancer.

Mon cerveau établit des connexions et je me retrouve avec plus d’idées que de temps pour les exécuter.

L’inspiration est un mécanisme qu’il faut huiler et constamment entretenir.

Au début, cela peut être bloquant. On ne se sent “pas inspiré”. On ne sait pas par où commencer. On repousse au lendemain.

Il faut commencer malgré tout et garder les choses simple.

À titre personnel, J’ai d’abord commencé par écrire ce qui était le plus accessible et no-brainer pour moi : des résumés de livres que je lisais. 

The hours we spend talking about writing is time we don’t spend actually doing it.” – Stephen King

4. Connaître son domaine sur le bout des doigts

Pour devenir bon dans son domaine, il faut s’inspirer des meilleurs.

Ce n’est pas étonnant si Stephen King est un lecteur vorace : pour bien écrire, il faut d’abord lire énormément.

Pour un auteur, la lecture est un trésor. Elle nous permet d’observer et d’étudier comment les auteurs que l’on admire procèdent. La manière avec laquelle ils déroulent l’intrigue, présentent les personnages, organisent les dialogues, structurent leurs livres, etc.

Plus on lit, plus on apprend à remarquer les subtilités et les techniques employées.

Cela nous donne les outils et le matériel nécessaire pour ensuite s’en inspirer soi-même.

“If you don’t have time to read, you don’t have the time (or tools) to write.” – Stephen King

Cela est valable dans tous les domaines. Pour réaliser des bons films, il faut avoir visionné et décortiqué tous les plus grands classiques.

Il faut s’approprier les codes et les règles implicites de notre domaine, sur le bout des doigts. Pour ensuite en jouer à notre guise.

5. Le doute sera toujours présent

Stephen King est l’un des auteurs avec le plus de succès de l’histoire. Ses livres se sont vendus à plusieurs millions d’exemplaires.

Pourtant, il n’a pas échappé aux doutes : la peur du jugement, du ridicule, de perdre son temps, de ne jamais y arriver, de passer pour un rêveur qui rate sa vie. Cela a même failli le détruire : pendant une période de sa vie, King a sombré dans la drogue et l’alcool.

Comment pourrait-il en être autrement, pour nous, qui sommes à des années-lumières de son niveau ?  

Je ne parle pas de risquer notre vie, mais simplement de la peur qui s’empare de nous. Comment pourrions-nous ne pas la ressentir ?

Le doute nous permet de nous remettre en question et de ne jamais nous reposer.

Le doute est sain, à condition de ne pas le laisser nous paralyser et nous empêcher de créer.

Il faut le reconnaître quand il se présente, lui ouvrir notre porte et toujours le garder à l’oeil.