Après la Seconde Guerre Mondiale, un ancien employé des services britanniques de Renseignement, nommé Ian Fleming, décide de quitter le domaine militaire à la recherche d’une vie plus paisible.

Il décroche un job de journaliste au Sunday Times. Dans son contrat, il négocie 8 semaines de vacances, entre janvier et février. Chaque année, il s’envole pour la Jamaïque, alors colonie britannique, pour échapper à l’hiver rugueux de Londres. Il y achète un terrain au bord de la mer et décide d’y construire une maison, qu’il baptise “Goldeneye”. 

Pour l’anecdote, Goldeneye était le nom d’un plan d’opération militaire stratégique de l’Empire britannique et des alliés de la Seconde Guerre mondiale, dont l’objectif était de conserver le contrôle du détroit de Gibraltar, auquel Ian Fleming a pris part.

En 1953, Fleming publie son premier livre : “Casino Royale”. 

Va s’en suivre, une décennie (jusqu’à sa mort, en 1964) passée sur son île des Caraïbes. Au total, il finira par écrire une douzaine de livres sur un espion britannique du nom de James Bond, ainsi que quelques petites histoires plus courtes. À chaque fois, en quelques semaines.

Fleming n’a jamais mené une grande carrière d’artiste. Il n’était pas non plus un génie.

Le secret de sa réussite et de sa productivité ? Des habitudes de fer.

Écrire tous les jours

Chacune des journées qu’il passait à Goldeneye, suivait le même schéma.

Il commençait par nager dans la Mer des Caraïbes, avant de prendre le petit déjeuner avec sa femme, Ann. Il mangeait toujours la même chose : des oeufs brouillés avec du bacon et un thé noir.

Sa journée de travail commençait à 9 heure. Il se rendait dans la pièce principale de la maison. Il fermait les volets de sorte à ne laisser passer qu’un filet de lumière et à garder la pièce fraîche. Il était prêt à passer les 3 prochaines heures sur sa machine à écrire.

Ian Fleming Goldeneye habitudes de création

Ian Fleming, à Goldeneye

Il ne se souciait pas tellement de la qualité de ce qu’il écrivait. Ce qui comptait, c’était qu’il couche ses idées le plus vite possible sur papier. En résistant à la tentation de faire des modifications ou de supprimer des passages pendant qu’il écrivait.

À midi, il s’arrêtait. il sortait rejoindre sa femme pour profiter de la chaleur et il retournait nager. Après son repas de midi, il partait faire la sieste pendant une heure ou deux.

Aux alentours de 17 heure, il se remettait à son bureau. Il repassait sur ce qu’il venait d’écrire le matin, en tâchant d’y faire des corrections et d’y apporter des améliorations. À 19 heure, sa journée était terminée. Il pouvait profiter de sa soirée, avec sa femme.

C’était tout sauf un rythme de travail délirant ou inhumain. Fleming n’était pas un personnage exubérant. Il n’était ni fou, ni marginal.

Ce sont ses habitudes, sa rigueur et sa discipline qui lui ont permis d’écrire autant de livres et de trouver le succès. Cette cadence régulière lui a permis d’écrire “Casino Royale” en 6 semaines de travail. Au rythme de 2 000 mots par jour, cela équivaut à 2 000 * 42 = 84 000 mots, soit un livre d’un bon volume.

2 000 mots par jour.

C’est également la discipline que s’impose Stephen King. Tous les jours de l’année. Pas d’excuse, pas de break, pas de vacances. King ne sort pas de son bureau tant qu’il n’a pas craché ses 2 000 mots. Il sait que tous ne seront pas bons à garder ; mais il n’y réfléchit même pas. Certains jours, les mots viennent avec aisance. D’autres jours, c’est une bataille. 

C’est le signe d’un professionnel. Écrire tous les jours est ce qu’il fait et qui il est. 

Je viens de prendre deux exemples d’auteurs, parce que je les trouve particulièrement marquants. Mais peu importe la discipline, ceux qui deviennent les meilleurs et accomplissent des grandes choses, marquent tous leur quotidien au fer rouge des habitudes. 

Sportifs de haut niveau, acteurs, musiciens et artistes en tout genre : les plus grands vivent une vie ordonnée, qu’ils ont construit pour leur permettre de dédier du temps à leur craft et de faire un pas supplémentaire, chaque jour.

Pourquoi cultiver des habitudes ? 

James Clear définit les habitudes comme des raccourcis mentaux que l’on a acquis grâce à l’expérience. Un peu comme une mémoire de la méthode utilisée pour résoudre un problème.

Pourquoi sont-elles aussi puissantes ?

L’explication tient dans une phrase de Gustave Flaubert : “Soyez régulier et ordonné dans votre vie, afin d’être violent et original dans vos créations.”

Les routines et les habitudes permettent de créer de l’ordre. 

Lorsqu’elles s’intègrent bien dans notre quotidien, on n’y pense même plus. Elles font partie intégrante de notre journée. Elles deviennent une partie de notre identité. Ne pas les  suivre serait anormale. 

Les routines nous libèrent de l’espace mental pour nous concentrer sur ce qui compte : nos créations, notre discipline et notre craft. On sait ce que l’on a à faire. Le reste est géré en pilote automatique.

Les routines se moquent de nos doutes et de nos questionnements. Elles ne dépendent pas de notre motivation ou de conditions extérieures. Elles nous disent de rester dans l’action, quoi qu’il arrive. De nous mettre chaque matin à notre bureau à 9 heure. Cette discipline permet de continuer à avancer, même quand on ne se sent pas inspiré. Elle ne laisse pas nos peurs nous paralyser.

Quand elles sont saines et consistent à créer chaque jour, les routines agissent comme un matelas de sécurité. Si l’on s’y tient, on sait que cela va bien se passer. Les problèmes surviennent le jour où l’on s’en dévie. Quand on se dit que l’on a pas besoin de ça. Que l’on est au dessus. 

Quand on interroge le designer Japonais Oki Sato sur les sources de son inspiration, il répond : “J’aime répéter tous les jours la même chose. Je promène mon chien selon le même parcours. Je bois le même café. Quand on répète les choses, on commence à remarquer les nuances du quotidien.”

Les routines et les habitudes sont les fondations de toute carrière créative.

Elles sont le meilleur moyen de progresser et d’atteindre les fameuses 10 000 heures de pratique nécessaires pour devenir très bon dans un domaine. 

Écrivons 3 heures par jour.
Passons 3 heures par jour à travailler sur nos musiques.
Filmons 3 heures par jour. 
Dessinons 3 heures par jour.
Dédions 3 heures par jour à peaufiner notre technique.

Tout se passera bien.