En 2008, Kevin Kelly a écrit un article intitulé « 1000 vrais Fans ».

Il y explique que pour vivre en tant que créateur indépendant, nul besoin d’avoir des millions de fans, de clients, ou de générer des millions d’euros de chiffre d’affaires.

Il suffit d’avoir 1 000 “vrais fans”.

Kelly insiste sur le terme de « vrais fans ». On ne parle pas de likes sur Facebook ou de followers sur Twitter.

Un vrai fan est une personne qui va acheter tout ce que va produire un créateur. Il va acheter tous les albums d’un artiste, ses éditions collector et va aller à tous ses concerts. Il va acheter tous les livres et produits dérivés d’un auteur. etc.

Un artiste a besoin de fans pour vivre : rien de neuf sous le soleil.

Mais dans son article, Kevin Kelly défend l’idée que c’est la première fois de l’Histoire que ce modèle est possible.

Explosion des créateurs

Avant Internet, seule une poignée de créateurs se partageaient le gâteau. 

Quelques artistes possédaient des millions de fans et captaient, à eux-seuls, l’essentiel de la valeur de leur industrie. Les autres, n’avaient aucune chance.

Aujourd’hui, c’est de moins en moins le cas. Il y a toujours des artistes super-star qui captent beaucoup de valeur. Mais il y a surtout des milliers de petits créateurs qui vivent de ce qu’ils font.

L’industrie de la musique est un bon exemple : il n’y a jamais eu autant d’artistes indépendants qui trouvent une audience et qui vivent de ce qu’ils font. 

Les plateformes de streaming comme Soundcloud et Spotify sont les symboles de cette évolution :

  • Elles mettent en avant naturellement des artistes auprès d’une immense audience, susceptible d’être intéressée
  • Elles offrent un modèle économique jamais vu, avec une rémunération basée sur le nombre d’écoutes

Deux critères

Kevin Kelly explique qu’il y a deux critères pour que le modèle des 1 000 vrais fans fonctionne :

  • L’artiste doit gagner environ $100 avec la vente de ses produits, par fan, par an. Un rappeur peut sortir un album, des concerts et une ligne de vêtement. Un écrivain peut sortir un livre, organiser des séminaires, donner des conférences, etc.
  • Le deuxième critère est le plus important : l’artiste doit avoir une relation directe avec ses fans. Il doit pouvoir leur parler et leur vendre directement ce qu’il produit. Il doit éviter au maximum de passer par des intermédiaires (comme les maisons de disque ou les maisons d’éditions) pour capter l’essentiel de la valeur et ne pas avoir à verser une partie de sa marge.

Le raisonnement est simple : Si 1 000 vrais fans donnent $100 chaque année à un créateur, et que celui-ci n’a pas à verser diverses commissions à des intermédiaires, il pourra vivre librement de ce qu’il fait.

 → 1 000 * $100 = $100 000 / an

Le calcul est simplifié à l’extrême et ne tient pas compte des charges financières que doit supporter le créateur. Ce n’est pas aussi simple que cela.

Mais l’idée est de dire que cette somme lui permettra d’acquérir la liberté et l’indépendance qu’il recherche.

Un cap à maintenir

1 000 n’est pas un nombre absolu.

C’est plutôt un ordre de grandeur. Un cap à avoir à l’esprit. 

Cela peut être un peu moins, ou un peu plus.

Le « vrai » nombre dépendra de chacun, de ses ambitions et des caractéristiques de son business. Certaines activités se prêtent mieux que d’autres à ce modèle.

Pour obtenir 1 000 vrais fans, un créateur a besoin de 5 ou 6 fois plus de simples fans, qui consommeront son contenu de manière occasionnelle.

Pourquoi aujourd’hui ?

Pour Kelly, plusieurs facteurs rentrent en jeu :

  • Il y a quelques années, pour toucher ses clients et fans, le créateur devait passer par de nombreux intermédiaires qui avaient le monopole de la distribution de ce qu’il produisait. Ces intermédiaires prenaient un pourcentage important sur les revenus et réduisaient sa marge. La seule solution était donc d’avoir une audience gigantesque, avec des centaines de milliers de fans pour générer suffisamment de revenus
  • Grâce aux nouvelles plateformes, aux réseaux sociaux et aux moyens de paiements de pairs à pairs, tout le monde peut toucher tout le monde. Le créateur peut avoir une relation directe avec ses fans et peut conserver la quasi-totalité des ventes et de la valeur qu’il génère
  • Parce qu’il est possible de trouver une audience en créant du contenu de niche, qui ne parlera qu’à une infime partie des gens : « la long tail ». Les distributeurs traditionnels ont l’incapacité structurelle à proposer des contenus de niche. Leur objectif est de vendre au plus grand nombre et donc, de proposer des produits grands publics.
    Un site Internet permet, à l’inverse, de proposer du contenu de niche en réduisant les frais associés à la gestion du stock et à la petite taille de l’audience potentielle sur une zone géographique donnée.

Un nouveau type de plateformes émerge depuis quelques années et matérialise ce concept des 1 000 vrais fans : les plateformes de financement participatif comme Tipee ou Patreon. Celles-ci offrent la possibilité aux fans de soutenir financièrement le créateur de leur choix.

 

Tim Urban de Wait But Why

Un modèle idéal pour les créateurs

Évidemment, la réalité est plus complexe que la théorie.

Les créateurs qui vivent réellement de ce qu’ils font de manière indépendante se sont pas encore légion. 

Rassembler 1 000 vrais fans demande un gros travail. Cela demande plusieurs années d’effort et de régularité.

Ce n’est pas non plus un schéma exact. Chacun l’adapte à sa sauce.

Mais de plus en plus de créateurs vivent selon ce modèle.

Je pense à Matt D’avella, qui a construit une communauté autour du minimalisme sur Youtube, et qui est soutenu par près de 2 000 Patreons chaque mois.

 

 

Je pense également à Paul Jarvis, qui écrit sur le blogging, le marketing et le freelancing, et son concept de Company of One.

Ils ne cherchent pas la richesse ou la gloire, ils veulent simplement vivre de leurs créations, selon leurs propres règles, grâce aux opportunités qu’offrent Internet.

Devenir un créateur indépendant n’est plus un rêve lointain, réservé à quelques chanceux.

 

Mais bel et bien un objectif atteignable et réaliste, à condition d’y mettre l’effort et la rigueur nécessaire.

Le modèle des 1 000 vrais fans vous inspire ? Écrivez-moi en commentaires. Je prépare un nouveau un projet et j’aimerais en discuter avec vous !

 

 

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