Comment mener un projet créatif ?

Comment mener un projet créatif ?

J’adore partir de zéro, imaginer et donner vie à un concept. 

Peu importe que ce soit en parallèle de mes études ou de mon job, j’aime créer des choses par moi-même. J’ai toujours besoin d’avoir quelque chose sur le feu.

Des projets, j’en ai monté des dizaines dans ma courte vie.

J’ai créé un podcast et un blog sur le foot. J’ai monté un site d’analyse d’actualité. J’ai essayé de créer une marque de tee-shirts imprimés. J’ai même essayé de créer une startup qui ambitionnait d’utiliser des conteneurs maritimes pour en faire des bureaux (c’était ridicule quand j’y repense).

Ces projets ont tous un point commun : aucun n’a tenu plus de quelques mois.

J’avançais sans boussole

J’étais constamment excité par mes nouvelles idées.

J’adorais imaginer et rêver. J’adorais faire des plans. Réfléchir à un nom et designer un beau logo. Je me projetais quelques années plus tard, le succès en poche.

Quand j’y repense, je réalise que je n’avais aucune méthode.

J’étais passionné, mais je ne savais pas comment m’y prendre.

Je faisais n’importe quoi. Je n’avais ni discipline. J’avançais sans carte, ni boussole. 

J’imaginais que le fait de créer un projet allait plus ou moins ressembler à cela : Je n’avais pas conscience des efforts et des méthodes à employer pour faire fonctionner un projet. J’imaginais que ça allait prendre du temps et qu’il allait y avoir des hauts et des bas. Mais rien de bien méchant.

Mon enthousiasme et ma bonne idée allaient suffire.

Trouver le bon truc, par hasard

Un jour de février 2016, j’ai commencé à écrire par hasard.

Pour une raison que j’ignore, j’ai réussi à m’y tenir. J’ai persévéré et je n’ai pas abandonné au bout de quelques semaines. J’avais enfin réussi à m’accrocher à quelque chose de solide sur lequel j’allais pouvoir construire sur le long terme et développer des compétences.

Ce n’était pas conscient. J’ai eu de la chance. J’étais animé par quelque chose de différent.

J’ai continué à publier des articles de plus en plus fréquemment. J’y ai pris goût.

j’aimais écrire, mais je n’avais pas de passion particulière pour cette discipline. Cela m’a conduit à la publication de mon premier livre, “Devenir Remarquable à l’ère du numérique”, en décembre 2017. Ce n’est pas un best-seller, mais un énorme accomplissement personnel.

Je suis enfin allé au bout d’un projet. J’ai réussi à mettre ma création entre les mains de centaines de personnes. Je suis enfin fier de ce que j’ai produit.

Mener un projet créatif

Je prenais du plaisir – et c’était la première brique.

C’est ce qui m’a permis de ne pas arrêter au bout de quelques semaines comme tout le reste.

Mais je ne la voyais pas uniquement comme un loisir ou une passion. 

Sans trop savoir pourquoi, l’écriture m’a aidé à me construire une “conscience créative”. Plus j’écrivais et plus je m’interrogeais sur les manières de m’améliorer et de m’organiser pour y dédier plus de temps.

Je me nourrissais de la frustration de tous mes projets passés qui ne sont allés nul part.

Deux éléments m’ont aidé :

  • Le fait de m’entourer de personnes qui avaient les mêmes envies créatives que moi
  • Le fait de m’inspirer des meilleurs créateurs et artistes de leur domaine

Je me suis rendu compte que l’on était tous victimes des mêmes mythes.

Que l’on traversait la même chose et que l’on affrontait tous le même ennemi : soi-même.

J’ai compris que même si chaque projet a ses spécificités propres, le voyage à parcourir est très souvent le même :

Ce voyage est tout sauf un long fleuve tranquille. 

S’équiper pour l’expédition

Pour développer un projet créatif, le plus important n’est pas de trouver une bonne idée, d’être meilleur que la concurrence ou de posséder un talent naturel pour une discipline.

Ce qui compte, c’est de survivre à cette expédition et de traverser les obstacles qui jalonnent notre chemin.

Pour ce faire, il faut s’équiper des bons outils et réflexes mentaux.

Voici quelques leçons que j’ai apprises et qui m’aident à mener mes projets.

Les débuts d’un projet créatif ne sont pas importants. Il ne faut pas se laisser berner par notre excitation initiale et par l’enthousiasme que suscite en nous notre idée.

Il ne faut pas non plus se projeter sur la finalité du projet. Chaque chose en son temps.

La clef se situe au milieu. Dans ce que Scott Belsky appelle le “Messy Middle”. Ce que les athlètes appellent “le processus”. Ce que Steven Pressfield appelle “la guerre de l’art” et “le combat contre la Résistance”.

C’est la partie basse de la courbe.

Le succès ne s’est toujours pas manifesté après plusieurs mois ou années de pratique délibérée.

On se retrouve seul face à nous-même, avec le devoir de se remettre au travail chaque matin pour avancer. C’est ici que tout se joue. Ce n’est ni le génie, le talent ou l’inspiration qui permettent de remporter cette bataille.

Ce qui fait la différence, c’est la discipline, la rigueur et la régularité. Le dépassement de soi et la persévérance malgré les doutes qui nous envahissent.

Les ingrédients sont simples, mais difficiles à utiliser au quotidien. Parce que notre environnement joue contre nous. Nous sommes attirés par des distractions de toutes sortes. Notre temps d’attention est sans cesse courtisé et se réduit de plus en plus. Nos proches ne comprennent pas ce que l’on fait et ne nous encouragent pas forcément.

Notre cerveau se joue de nous ; il préfère la facilité et le confort. Il nous donne la flemme.

Le plus compliqué n’est pas le fait de créer.

Ce qui est vraiment difficile, c’est d’aller à son bureau, de poser ses fesses sur sa chaise et de se mettre au boulot.

La créativité est une expédition, pour laquelle il faut s’équiper d’une bonne boussole.    

Je déteste les mots “artiste” et “créativité”

Je déteste les mots “artiste” et “créativité”

Plus je m’intéresse aux artistes qui ont du succès, plus j’ai l’impression de dévoiler une énorme supercherie.

Auteurs, musiciens, réalisateurs de films, peintres, sculpteurs, acteurs… c’est à chaque fois la même chose.

Un schéma similaire se répète sans cesse.

Ma vision commence par se brouiller. J’ai l’impression de ne plus y voir clair. D’observer un mirage sous une chaleur étouffante.

C’est comme si mes sens se jouent de moi.

Les mêmes pensées me viennent instinctivement :

  • “Cet artiste possède un talent dingue”
  • Il a reçu un don incroyable de la nature”
  • Il possède un puit d’inspiration sans fin, il se renouvelle avec facilité. Il ne doit avoir aucun problème pour trouver des idées”
  • “Créer doit être naturel pour lui, c’est quelque chose qu’il fait depuis tout petit. Il est née avec ça dans le sang”
  • Il fait partie des 1% qui ont la chance de pouvoir vivre comme ils l’entendent. Sa vie doit être tellement simple et agréable.”

Ces réflexions mettent immédiatement une barrière entre ce créateur et moi.

Un plafond de verre nous sépare.

Je peux consommer et apprécier son travail, mais je ne pourrai jamais m’en rapprocher. C’est comme s’il faisait partie d’un monde, celui des idées et de la création, dont je ne pourrai jamais faire partie.

Mais quand je prends le temps de creuser et de m’intéresser profondément à la vie des artistes, la supercherie se dévoile. 

Quand j’ajuste mes lunettes de vue, je réalise que je me trompe sur toute la ligne.

Le mythe de l’artiste dérangé

Les artistes suscitent tous les mythes et fantasmes.

Fermez les yeux quelques secondes et imaginez le style de vie d’un artiste.

Il y a de fortes chances que vos pensées se rangent dans l’une de ces deux catégories :

  • L’artiste reclus chez lui, à son atelier ou à son bureau. Il travaille seul, à moitié dans le noir. Il ne s’est pas douché depuis un bout de temps et se nourrit à peine. Il est négligé, en marge de la société et vit dans une condition misérable. Il est à moitié fou et incompris
  • L’artiste vivant dans les quartiers bobos de sa ville, qui se rend à tous les dîners mondains possibles avec sa voiture de collection. On imagine un génie doté d’un don naturel, qui voit les choses avant tout le monde. Il transforme tout ce qu’il touche en chef d’oeuvre

La place des artistes dans la société est à part. Ce qu’ils font ne semble rentrer dans aucun cadre.

Il sont soit maudits, soit des génies.

Il n’existe pas de milieu. Pas de compromis, ni d’entre deux.

En m’intéressant plus en profondeur à ce sujet, j’ai compris que cette vision était très loin de la réalité.

Évidement, il existe des artistes qui rentrent dans ces clichés et qui en jouent. Mais ils représentent l’exception plutôt que la règle.

La (vraie) discipline créative

Comme créer de manière originale ? Comment être plus créatif ? Comment développer un style unique ?

Ces questions me fascinent.

J’en parlais déjà dans mes articles sur les principes de créativité de Stephen King ou de Casey Neistat ; lorsque l’on s’intéresse à la vie et au parcours des grands artistes, le son de cloche est très différent.

Ils ne parlent pas d’inspiration, de génie ou de talent naturel. Ils parlent de discipline, de rigueur, de dépassement de soi, de doute et de leur combat contre la Résistance

Ils parlent de pratique délibérée, de routines créatives et de la règle des 10 000 heures.

Ils parlent du développement de leurs compétences et de leur style, sur le temps long.

Ils parlent d’échecs, de doutes, de remise en cause personnelle et de processus.

“Inspiration is for amateurs. The rest of us just show up and get to work.”

– Mason Curey

Loin des clichés, j’ai également compris que les créatifs étaient des gens assez ennuyeux.

Ils répètent les mêmes tâches tous les jours, sans exception. Ils ont besoin d’ordre et de routines pour créer des choses uniques et différentes.

Quand on interroge le designer Japonais Oki Sato sur les sources de son inspiration, il répond :

“J’aime répéter tous les jours la même chose. Je promène mon chien selon le même parcours. Je bois le même café. Quand on répète les choses, on commence à remarquer les nuances du quotidien.”

 

Picasso a produit 26 075 oeuvres d’art au cours de sa vie. Si l’on fait le calcul, cela fait une nouvelle oeuvre par jour, à partir de ses 20 ans, pendant 71 ans.

Picasso n’a jamais eu d’éclair de génie. Il a peint jusqu’à devenir l’un des meilleurs peintres de tous les temps (je conseille cet excellent article sur le sujet).

Le secret de Stephen King ? 6 pages par jour, quoi qu’il arrive.

 

Les plus grands artistes le sont devenus car ils se sont comportés, comme le dit Steven Pressfield, comme des professionnels : ils s’exercent tous les jours, orientent leurs efforts sur le long terme, ne s’accordent aucune excuse et se concentrent uniquement sur l’amélioration de leur processus créatif.

“Les écrivains qui passent leur nuit à écrire, sont malades de caféine et fument des cigarettes roulés, sont un mythe, Marcus.

Vous devez être discipliné, exactement comme pour les entraînements de boxe. Il y a des horaires à respecter, des exercices à répéter : gardez le rythme, soyez tenace et respectez un ordre impeccable dans vos affaires.”

– Harry Quebert

Nous sommes bien loin de la vision romantique de l’artiste.

Et au-delà du fait que l’on se trompe, cela pose plusieurs problèmes.

Cette vision romantique nous détourne

Je ne me suis jamais considéré comme étant particulièrement créatif. J’ai toujours eu un semblant de gêne quand j’employais les mots “art” ou “créativité”.

Plus jeune, je ne voulais surtout pas être assimilé à cette image du créatif rêveur. Je voulais m’en éloigner au maximum.

J’avais l’impression que c’était incompatible avec l’ambition et la réussite professionnelle. Que l’on était soit rationnel, soit créatif. Que la créativité était quelque chose que l’on recevait à la naissance.

Encore aujourd’hui, j’ai du mal. En écrivant cet article, je me suis demandé plusieurs fois si je ne devais pas remplacer le mot “artiste” par “créateur” (ou tout autre mot moins connoté) pour ne perdre personne dans la lecture.

Cette vision romantique et erronée nous détourne de la vraie nature du travail créatif.

Le danger est double :

  • Celui s’auto-catégoriser comme quelqu’un de “non-créatif”. On se fixe soi-même des barrières et on passe à côté de choses qui pourraient nous correspondre
  • Celui de laisser ces mythes conforter nos peurs et nos doutes. On se dit que cette voie n’est pas faite pour nous. La peur et le doute font justement partie du processus créatif

Les mythes sont réconfortants et nous donnent une excuse pour tomber dans la facilité. Ils nous rendent vulnérables aux effets de la Résistance.

Que faut-il retenir de cet article ?

Que la créativité, la création et l’art (appelons ça comme on le souhaite) n’ont rien de mystique, de secret ou de l’ordre du don naturel.

Il s’agit d’un processus difficile, rigoureux et qui demande une grande discipline. Mais surtout accessible, à condition de s’équiper des bons outils.

C’est précisément l’objet du livre que je prépare.

 

Les 5 principes de la créativité, selon Stephen King

Les 5 principes de la créativité, selon Stephen King

La créativité est un sujet qui véhicule de nombreux mythes de fantasmes. 

On la voit comme un mystérieux don de la nature. Un éclair qui nous frappe sans trop savoir pourquoi.

On imagine que le créatif est fou et incontrôlable. On l’imagine comme un individu à la marge, qui se moque des normes, soumis à diverses addictions. 

Pourtant, lorsque l’on écoute les personnes les plus créatives, leur discours est très différent. Ils parlent de discipline, de rigueur, de dépassement de soi, de doute et de leur combat contre la Résistance.

Le décalage entre l’imaginaire et la réalité est frappant.

Essayons de sortir des clichés et de comprendre les principes qui guident les plus grands créatifs : leur processus créatif, leurs habitudes, leurs principes de raisonnement, etc…

Après la créativité selon Casey Neistat, je m’attaque à Stephen King, l’un des écrivains contemporains les plus prolifiques et populaires.

Qui est Stephen King ?

Stephen King est un auteur américain né en 1947, à Portland.

Il s’est distingué par de nombreux ouvrages dans le domaine de l’horreur, du fantastique ou de la science-fiction. Il a écrit plus de 50 livres dans sa vie et la plupart ont connu un immense succès.

Selon le Guardian : “Stephen King est le storyteller le plus remarquable de la littérature Américaine moderne”.

Il y a quelques années, il a écrit “On Writing” un livre de non-fiction, dans lequel il raconte son parcours personnel en tant qu’auteur.

Il y donne également ses conseils pour mieux écrire et devenir plus créatif. Ça tombe bien, c’est justement le sujet qui m’intéresse en ce moment.

1. Commencer petit

King ne s’est pas lancé directement à l’assaut d’un roman de plusieurs centaines de pages.

Il a commencé par le plus simple : écrire dans sa chambre, pour le plaisir. Il rêvait certainement d’en faire son métier plus tard, mais l’écriture était surtout un intérêt qu’il cultivait de manière désintéressée.

Sans le savoir, il construisait son socle de compétences et accumulait des heures de pratique délibérée.

Il envoyait lui-même ses histoires à des magazines et des journaux, dans l’espoir d’y être publié.

Adulte, King n’a pas “tout plaqué” pour se lancer dans l’écriture. Il est devenu père très jeune et écrivait en parallèle des multiples boulots alimentaires qu’il exerçait, pour survivre.

Au départ, ce qu’il écrivait lui semblait ridicule et très mauvais. Mais il ne s’est pas découragé. 

Tout le monde passe par là. Personne ne se révèle excellent dans un domaine du jour au lendemain.

Le succès a mis du temps à se dessiner pour lui. Il est le fruit de plusieurs décennies de travail.

2. Écrire tous les jours

Stephen King écrit 2 000 mots par jour, quoi qu’il arrive. C’est sa première tâche de la journée et il ne fait rien d’autre avant d’avoir accompli cet objectif.

Il ne s’accorde ni excuse, ni jour de repos.

Même lorsqu’il occupait un emploi salarié, il se forçait à se lever plus tôt le matin pour écrire.

Cette habitude et cette rigueur lui permettent d’avancer sur ses projets quoi qu’il arrive. À ce rythme, King écrit 20 000 mots en 10 jours. 200 000 en un peu de plus de 3 mois. C’est colossal.

Les mots qu’il écrit sont souvent loin d’être parfaits. Mais ils constituent le premier jet de ses ouvrages. Il repasse ensuite dessus plusieurs fois pour les améliorer et rendre le tout cohérent.

3. Ne pas attendre l’inspiration

Dans son livre, King répète inlassablement la même phrase : “DON’T WAIT FOR THE MUSE”. N’attendez pas l’inspiration pour écrire.

C’est l’un des conseils les plus importants.

Je le retrouve chez de nombreux créatifs à succès, dont Casey Neistat sur lequel j’ai écrit un article.

La créativité vient en faisant des choses et en se mettant en mouvement.

C’est quelque chose que j’expérimente moi-même.

Plus je crée, plus j’ai d’idées. Plus j’écris régulièrement, plus j’ai de nouveaux thèmes qui me viennent. Plus j’avance et plus c’est simple de continuer à avancer.

Mon cerveau établit des connexions et je me retrouve avec plus d’idées que de temps pour les exécuter.

L’inspiration est un mécanisme qu’il faut huiler et constamment entretenir.

Au début, cela peut être bloquant. On ne se sent “pas inspiré”. On ne sait pas par où commencer. On repousse au lendemain.

Il faut commencer malgré tout et garder les choses simple.

À titre personnel, J’ai d’abord commencé par écrire ce qui était le plus accessible et no-brainer pour moi : des résumés de livres que je lisais. 

The hours we spend talking about writing is time we don’t spend actually doing it.” – Stephen King

4. Connaître son domaine sur le bout des doigts

Pour devenir bon dans son domaine, il faut s’inspirer des meilleurs.

Ce n’est pas étonnant si Stephen King est un lecteur vorace : pour bien écrire, il faut d’abord lire énormément.

Pour un auteur, la lecture est un trésor. Elle nous permet d’observer et d’étudier comment les auteurs que l’on admire procèdent. La manière avec laquelle ils déroulent l’intrigue, présentent les personnages, organisent les dialogues, structurent leurs livres, etc.

Plus on lit, plus on apprend à remarquer les subtilités et les techniques employées.

Cela nous donne les outils et le matériel nécessaire pour ensuite s’en inspirer soi-même.

“If you don’t have time to read, you don’t have the time (or tools) to write.” – Stephen King

Cela est valable dans tous les domaines. Pour réaliser des bons films, il faut avoir visionné et décortiqué tous les plus grands classiques.

Il faut s’approprier les codes et les règles implicites de notre domaine, sur le bout des doigts. Pour ensuite en jouer à notre guise.

5. Le doute sera toujours présent

Stephen King est l’un des auteurs avec le plus de succès de l’histoire. Ses livres se sont vendus à plusieurs millions d’exemplaires.

Pourtant, il n’a pas échappé aux doutes : la peur du jugement, du ridicule, de perdre son temps, de ne jamais y arriver, de passer pour un rêveur qui rate sa vie. Cela a même failli le détruire : pendant une période de sa vie, King a sombré dans la drogue et l’alcool.

Comment pourrait-il en être autrement, pour nous, qui sommes à des années-lumières de son niveau ?  

Je ne parle pas de risquer notre vie, mais simplement de la peur qui s’empare de nous. Comment pourrions-nous ne pas la ressentir ?

Le doute nous permet de nous remettre en question et de ne jamais nous reposer.

Le doute est sain, à condition de ne pas le laisser nous paralyser et nous empêcher de créer.

Il faut le reconnaître quand il se présente, lui ouvrir notre porte et toujours le garder à l’oeil.

 

Les 4 principes de la créativité, selon Casey Neistat

Les 4 principes de la créativité, selon Casey Neistat

La créativité est un sujet qui me fascine.

On voit plus ou moins de quoi il s’agit, sans pour autant être capable de mettre clairement des mots dessus.

Wikipédia la définit comme “la capacité d’un individu ou d’un groupe à imaginer ou construire et mettre en œuvre un concept neuf, un objet nouveau ou à découvrir une solution originale à un problème.”

Cette définition ne nous apprend pas grand chose. On ne sait pas d’où elle vient, comment elle se matérialise et comment la stimuler.

La créativité est un sujet qui véhicule de nombreux mythes de fantasmes. 

On la voit comme un mystérieux don de la nature. Un éclair qui nous frappe sans trop savoir pourquoi.

On imagine que le créatif est fou et incontrôlable. On l’imagine comme un individu à la marge, qui se moque des normes et qui est soumis à différentes addictions. 

Pourtant, lorsque l’on écoute les personnes les plus créatives, leur discours est très différent. Ils parlent de discipline, de rigueur, de dépassement de soi, de doute et de leur combat contre la Résistance.

Le décalage entre l’imaginaire et la réalité est frappant.

Je lance une mini-série d’articles sur la créativité. Mon objectif est de sortir des clichés et de comprendre les principes qui guident les plus grands créatifs :

  • Pourquoi semblent-ils toujours avoir de nouvelles (bonnes) idées ?
  • Quels sont les principes avec lesquels ils raisonnent ?
  • À quoi ressemble leur processus créatif ?
  • Quelles sont leurs habitudes ?
  • Comment font-ils pour aller au bout de leurs projets ?

Pour ce premier article, j’ai choisi de parler de Casey Neistat, l’un des créatifs qui m’inspirent le plus.

Qui est Casey Neistat ?

Casey Neistat a grandi dans une petite ville du Connecticut.

À 17 ans, il quitte le lycée pour élever son premier enfant, Owen.

Pendant plusieurs années, il survit en faisant la plonge pour un restaurant. En 2001, à l’âge de 20 ans, il déménage à New-York. Avec une obsession en tête : devenir réalisateur et faire des films.

Il ne pense qu’à ça et enchaîne les petites piges à la poursuite de son rêve.

“I didn’t have any friends so I would just sit at home all night editing on my iMac.” – Casey Neistat

Il développe progressivement ses compétences et commence à se faire un nom. 

Il produit de nombreux films amateurs et finit par obtenir un contrat pour une série sur HBO : “The Neistat Brothers”.

Ce début de succès ne le satisfait pas pour autant. Selon ses propres dires, il lui manquait les bases du storytelling.

En 2010, il s’inscrit sur Youtube et commence à y poster des vidéos. Il se prend au jeu et, en 2015, il décide d’y poster une vidéo par jour.

À partir de ce moment, sa chaîne se met à croître sans cesse. Fin 2016, il a réalisé 710 épisodes de vlog. Soit une vidéo par jour pendant pratiquement 2 ans. Il atteint le cap des 5 millions d’abonnés.

Aujourd’hui, c’est l’une des plus grosses stars sur Youtube. Il collabore avec les plus grandes marques, a construit une communauté gigantesque et son style unique fait de lui l’objet de nombreuses copies.

Au moment où j’écris ces lignes, il vient tout juste de franchir le cap des 11 millions d’abonnés.

Son parcours, son éthique de travail et son dévouement pour son art sont très inspirants.

Voici donc la créativité selon Casey Neistat, en 4 principes.

1. Agir comme Tarzan

Casey Neistat se lance sur Youtube en 2010. À l’époque, la plateforme était très loin d’être aussi populaire qu’elle ne l’est actuellement.

Dans les années qui suivent, Youtube explose et devient progressivement le monstre qu’il est aujourd’hui.

Pendant ce temps, Neistat ne cessait d’y poster des vidéos. Il était à l’endroit où il fallait être, pour un créateur de vidéo.

C’est une caractéristique qui semble revenir souvent pour les créateurs qui ont connu le succès dans leur domaine. Cette capacité à être au bon endroit, au bon moment.

Cela ne s’explique pas par la chance, mais par de certaines aptitudes particulières. 

Casey Neistat appelle ça : “agir comme Tarzan.”

« Si vous voulez réussir votre carrière de réalisateur de films, vous devez penser et agir comme Tarzan . Il s’agit d’avancer en sautant de liane en liane, quelle que soit la situation qui se présente, sans trop se demander où cela va vous emmener ». – Casey Neistat

Créer, c’est accepter d’avancer dans le flou, sans connaître la destination finale. Expérimenter et tester, sans savoir où cela nous mènera. Prendre des risques et faire des paris sur le long terme.

Si Casey Neistat souhaitait un retour sur investissement visible et immédiat, il ne serait jamais allé sur Youtube en premier lieu. Et n’aurait peut-être jamais connu un tel succès.

2. Focus

Les gens interrogent régulièrement Casey Neistat sur les raisons de son succès.

Ils veulent connaître ses techniques et astuces. La manière avec laquelle il s’est fait connaître et a atteint son premier million d’abonnés sur Youtube.

À chaque fois, il leur répète qu’il n’y a rien de glamour ou de secret.

Il doit son succès à la pratique intensive et rigoureuse d’une seule discipline pendant toute sa vie : le réalisation de films et de vidéos.

Casey Neistat n’avait pas l’ambition de devenir une star ou de devenir riche. Il est tombé amoureux de son art et du processus créatif, au point de n’être obsédé que par ça.

Avec le temps, il est devenu tellement bon que personne ne pouvait l’ignorer.

3. Show up everyday

Un vlog tous les matins, à 8 heures. Rien d’autre.

Voici la routine que s’est imposé Casey Neistat pendant plusieurs années. Voici ce que ses millions d’abonnés s’attendaient à voir sur sa chaîne Youtube.

Chaque jour, il était de retour avec un nouveau vlog, un peu meilleur que la veille.

Cette régularité exceptionnelle lui a permis de s’améliorer, d’affiner son style et de créer un rendez-vous avec son audience.

Peu importe ce qu’il se passait, il ne s’accordait aucune excuse ou dérogation pour manquer un jour de vidéo. Il a construit son quotidien (et sa vie entière) autour de cet objectif.

If you care, you’ll find time” – Casey Neistat

 

4. Les idées ne comptent pas

Pour Casey Neistat, l’inspiration n’existe pas. 

Il n’attend pas d’avoir une bonne idée avant de se lancer. Il n’attend pas d’être frappé par un clair qui lui dictera quoi faire.

La seule chose qui compte est de dépasser la Résistance, pour faire notre job et se comporter comme un professionnel.

La créativité est binaire : soit on met notre création au monde et elle existe, soit on attend que les choses se passent et elle n’existe pas.

Ni excuse, ni flemme. Casey est sur le pont tous les jours pour faire ce qu’il a à faire. 

Ideas are cheap. Ideas are easy. Ideas are common. Everybody has ideas. Ideas are highly, highly overvalued. Execution is all that matters.” – Casey Neistat

 

 

“Faire du bon travail et le partager” : pourquoi est-ce si difficile ?

“Faire du bon travail et le partager” : pourquoi est-ce si difficile ?

J’aime me perdre sur Youtube et écouter certains auteurs que j’apprécie parler de leurs livres.

Récemment, je suis tombé sur cette vidéo de l’auteur américain Austin Kleon. Il y parle de son livre “Steal like an artist“.

Un passage de son talk m’a marqué et j’ai eu envie d’en faire un article. 

L’un des chapitres du livre de Kleon explique comment construire une audience de fans.

La méthode tient en une phrase : “Do good work and share it with people”.

Derrière la simplicité (et banalité) apparente de cette phrase, se trouvent 3 niveaux de complexité que Kleon décortique.

1. “Good”

 Les artistes sont de très mauvais juges de la qualité de leur propre travail. Ils ont tendance à ne jamais être satisfaits de leur travail et à douter d’eux-mêmes.

La distance entre l’image qu’ils se font de leur création, dans leur tête, et le rendu final n’est jamais identique. 

C’est normal, mais cela crée un sentiment d’insatisfaction chronique. Une frustration qui donne l’impression de ne pas parvenir à s’exprimer clairement.

C’est un sentiment que je ressens régulièrement. Dans ma tête, les idées que je veux partager me paraissent très claires. Une fois écrites, elles le sont beaucoup moins.

L’autre difficulté est de parvenir à évaluer objectivement ses créations. 

Comment savoir si l’article que je viens d’écrire est bon ? Comment savoir si les lecteurs vont l’apprécier au point de le partager à leurs amis ?

J’ai des petites intuitions, mais je n’en n’ai souvent aucune idée. J’ai parfois l’impression d’avoir écrit un bon article, que finalement personne ne semble apprécier.

2. “Work”

Les artistes montrent leurs créations, mais rarement le processus qui mène à leur construction. 

C’est pourtant la partie la plus difficile, importante et inspirante.

Quand je pense aux auteurs que j’admire, j’imagine que leur processus créatif est simple, régulier et fiable. Le mien est chaotique et irrégulier. Ce qui instille encore plus de doutes et de complexes. Le serpent se mord la queue

Kleon montre brillamment que tous les créateurs éprouvent ce même sentiment. Tous traversent les mêmes difficultés et combattent la même résistance. Mais trop peu en parlent. On préfère l’image romantique du créateur génial, qui se base sur ses inspirations.

3. “Share”

On imagine souvent la relation entre un créateur et son audience comme étant à sens unique.

Ce n’est pas le cas. Les deux se nourrissent mutuellement.

Le créateur apporte de la valeur à son audience. L’audience l’aide à grandir et à gagner en maturité. Elle l’accompagne dans son voyage et s’en inspire dans le même temps. Une conversation se crée.

Pour devenir un bon créateur, il faut accepter de sacrifier ses créations. Se forcer à les mettre au monde, même si l’on doute de leur qualité. La perfection est l’ennemie du bien.

Mais comment savoir si cela fait partie du processus créatif ? Ou si l’on est juste mauvais ? Grande question.

 

J’ai l’impression que cet article n’a aucun sens. Mais j’ai eu envie de l’écrire. J’essaie, moi aussi, de partager mes doutes, la difficulté du processus créatif et son côté chaotique.

Je ne prends pas souvent le temps de remercier les créateurs qui m’inspirent, alors que c’est super important.

Merci, Austin Kleon.